Soutenez le PS

Adhérez au PS

Discours de Jean-Christophe Cambadélis – 14 janvier 2009

Au-delà de l’émotion face à cette nouvelle guerre au Proche-Orient.Au-delà de la compassion légitime pour les popula­tions endeuillées et aux victimes.Au-delà des craintes pour les répercussions dans le monde et plus particulièrement en France.Il nous faut distinguer et proposer.L’intifada, la guerre en Irak, la construction du mur, le retrait de Gaza, la victoire électorale du Hamas, l’af­frontement entre le Hamas et l’autorité Palestinienne, l’enlèvement du soldat Israélien Gilad Shalit, l’assas­sinat d’autres, le blocus de Gaza, ou la guerre du Li­ban. 

La logique est là, implacable, inextricable, imbriquée dans une descente aux enfers rythmée par des at­tentats suicides, des tirs de roquettes contre Israël et des ripostes de l’armée israélienne. Elle provoque un chaos régional, la mort et la destruction. Le Proche-Orient est une plaie ouverte au flanc du monde. 

Évidemment le Hamas a rompu la trêve. Et lorsque l’on rompt une trêve ce n’est pas pour faire la paix. 

Assurément la réponse d’Israël est d’une violence implacable, lorsqu’on intitule son opération militaire « Plomb durci » ce n’est pas tout à fait pour tendre la main. 

Évidemment le Hamas réagissait à un blocus qui di­sait prendre sa source dans les attentats suicides et les tirs de roquettes. 

Mais le blocus était là avec son cortège de souffran­ces, de privations et de rancoeurs. Le groupe Socia­liste Républicain et Citoyen et le Parti socialiste ont condamné les tirs de roquettes et l’intervention israé­lienne.  

Mais la question n’est pas de distribuer les responsa­bilités d’hier mais de prendre nos responsabilités pour distinguer et proposer. 

Dire en France et hors de France, il n’y a pas de peu­ple juif ni de peuple palestinien collectivement respon­sable. 

Dire en France et hors de France, Israël ne vivra pas en paix en faisant la guerre. Mais dire aussi ce n’est pas en proposant au peuple juif le cercueil ou la valise que les Palestiniens obtiendront un état palestinien. 

Dire encore et toujours qu’il n’y a pas de solution mili­taire. Nous le savons. Une grande partie de la classe politique Israélienne, particulièrement la droite Israé­lienne pense l’inverse. Du 1er Sharon à Netanyahou, elle chevauche un inquiétant complexe de Massada. La paix serait impossible car les conditions de survie d’Israël sont improbables. L’interdiction pour certains partis arabes de se présenter aux prochaines élec­tions en Israël va dans ce sens. Cette vision n’est ni celle de Rabin, ni celle de toute la société Israélienne. Et c’est l’honneur de la démocratie Israélienne que de permettre ce débat.  

Mais dans le même temps le Hamas croit pouvoir réac­tiver Septembre noir, ce moment en 1970 où le Fatah fut défait militairement et vainqueur politiquement. 

Ce sont des stratégies souvent suggérées par des puissances régionales, ou motivées par des agendas Américains, Européens voire des opportunités élec­torales, mais qui ne règlent rien. Et elles créent les conditions du conflit suivant. Nous le savons, il n’y a de solution durable et juste que politique. 

Depuis soixante ans que dure ce conflit au Proche-Orient, nous avons désormais le recul historique pour comprendre qu’aucune victoire militaire momentanée n’a assuré à la société israélienne la possibilité de vi­vre durablement en paix.  

Israël n’affronte pas simplement en effet des états ou des fractions armées dont elle pourrait détruire dura­blement le commandement et l’infrastructure.  

Et la seule solution passe par l’avènement d’une véri­table realpolitik israélienne, capable de se situer réel­lement dans le long terme. La disqualification succes­sive de ses interlocuteurs est une impasse. Récuser le Fatah libère l’espace au Hamas, et ce processus est sans fin, avec des acteurs toujours plus radicaux. 

Israël doit revenir à l’intuition fondamentale d’Itzhak Rabin: « Je combattrai le terrorisme comme s’il n’y avait pas de processus de paix, mais je poursuivrai le processus de paix comme s’il n’y avait pas de terro­risme ». Combattre les attaques du Hamas contre son territoire n’empêche pas de discuter simultanément les conditions de la paix, avec les interlocuteurs réels du camp d’en face. 

Mais de même, la division du peuple Palestinien, son affrontement militaire interne ne renforce pas sa cau­se. Quant à l’espérance de la destruction de l’État d’Is­raël pour instaurer un état peut-être islamique aux por­tes l’Europe. Ce projet porté par la Charte du Hamas, mais plus, semble t-il, par tous les responsables du Hamas, est inacceptable. Il est illusoire et source de souffrances pour le peuple Palestinien. Yasser Arafat avait rompu avec la Charte de l’OLP qui préconisait la destruction de l’État d’Israël, pour avancer vers la paix et l’État Palestinien.  

La seule solution est connue et reconnue.  

François Mitterrand l’avait affirmé à la tribune de la Knesset en 1982: il n’y a pas d’autre solution au Pro­che-Orient qu’une paix juste et durable sur la base d’une double exigence, le droit de l’État d’Israël à l’existence et à la sécurité, et le droit des Palestiniens à un véritable état viable dans lequel ils pourront me­ner une vie digne, et garantir pour Israël comme pour la Palestine l’assurance de vivre en sécurité à l’inté­rieur de frontières reconnues internationalement. 

Cette vision de la paix a pour fondement la légalité in­ternationale construite par l’ensemble des résolutions des Nations Unies, notamment la résolution 1397 qui reconnaît clairement l’existence d’un État Palestinien à côté de l’État Israélien et la résolution 1402 qui exige le retrait des troupes Israélienne des territoires occupés. Cet objectif ne peut être atteint que par des négociations de paix entre les deux parties. Ceci fut accepté par tous, des accords d’Oslo à la Conférence de Madrid ou lors de la rencontre de Taba, en jan­vier 2001, en présence de l’Union Européenne. Nous n’oublions pas non plus que les pays arabes ont eux aussi proposé, en 2002, réaffirmé en 2008, un plan de paix globale, connu sous le nom de Plan Abdallah. 

Nous connaissons donc tous les contours d’une véri­table paix non seulement entre Israël et la Palestine mais entre Israël et ses voisins. 

Constatons que tous les points d’appui pour ce plan de paix se sont affaiblit dans tous les camps. C’est la raison pour laquelle le déblocage sera internatio­nal. Israël refuse la résolution des Nations-Unies de cessez-le-feu. Nous le déplorons. Il faut proposer des résolutions contraignantes et utiliser la pression éco­nomique Européenne. L’urgence est le cessez-le-feu, le retrait des troupes de Gaza, l’envoi d’une force in­ternationale protégeant les populations et garantissant la sécurité de tous. 

Sachant évidemment que la vraie solution est tout autant à Washington qu’à Tel Aviv, au Caire ou à Da­mas, surtout lorsqu’on ne peut, ou ne veut pas aller jusqu’à Téhéran. Les Etats-Unis ne peuvent plus sou­tenir économiquement et militairement Israël sans contrepartie.  

Voilà pourquoi nous vous préférons, M. Le Ministre, aux Nations Unies faisant voter un cessez-le-feu que soutenant du bout des lèvres le cavalier seul au Pro­che-Orient du Président de la République.  

Il fallait en l’espèce jouer plus vite et plus nettement la carte d’une solution globale portée conjointement aux Nations Unies par l’Europe et les États-Unis. 

Le multilatéralisme n’est pas un idéal abstrait et théo­rique, une perte de temps qui engendrerait la dilution pratique de la capacité d’influence des nations. Dans le monde d’aujourd’hui, l’approche multilatérale est au contraire une condition d’exercice efficace de la puis­sance.  

Ce cavalier seul a été une erreur parce qu’il est contra­dictoire, plus spécifiquement, avec la nécessité et la volonté de bâtir une politique étrangère européenne.C’est précisément face à la crise, hier dans les Bal­kans, en Irak, que se saisit ou se perd l’occasion de cette affirmation et de cette émergence. La question du rôle et de la place de l’Europe dans le monde dé­pend moins, en vérité, des avancées institutionnelles et juridiques dont nous ne cessons de débattre que de ce qui se construit, se cristallise dans des épreuves comme celle que nous sommes en train de traverser. C’est dans ces moments comme celui-ci que l’image de l’Europe – puissance politique intégrée ou simple zone de coopération économique – se constitue pour ses propres peuples et pour le reste du monde. Tout doit être tenté pour la paix évidemment, mais était-il judicieux de faire cavalier seul, kidnappant au passa­ge le plan égyptien, alors que l’on sortait de la Prési­dence Française de l’Europe et que nous professons le multilatéralisme ?  

Était-il juste par ailleurs d’organiser le forcing diploma­tique pour obtenir dès décembre 2008 un rehausse­ment du rapport entre l’Europe et Israël malgré l’avis négatif du Parlement Européen et les réticences de certains, dont la Grande-Bretagne qui voulait attendre au moins les élections du 10 février prochain ?  

Les socialistes européens voteront à l’unanimité contre cette disposition, tant que l’Etat d’Israël ne respectera pas le droit humanitaire international selon la résolu­tion adoptée.  

Ce débat est utile mais aussi bienvenu qu’il soit, il vient un peu tard.Plus les débats interviennent tôt, plus ils ont de l’am­pleur et de la solennité, moins ceux qui veulent ajouter à la guerre là bas, la haine ici, peuvent le faire. 

Et ces derniers nous les condamnons. Nous condam­nons tous, tout acte antisémite avec la dernière des énergies.  

Si notre communauté nationale n’est pas ennemie des communautés, elle n’est pas leur juxtaposition, elle est encore moins une addition de drapeaux de nations en guerre. Elle n’en a qu’un et il est bleu –blanc – rouge.  

Elle n’a qu’une volonté la paix là-bas, la République

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.