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Elections israéliennes – « J – 8 »

Les  israéliens éliront le 10 février leur 18ème Knesset.34 partis présentent une liste  pour pourvoir les 120 postes de députés qui éliront à leur tour le premier ministre en charge de former le gouvernement et de s’appuyer sur une majorité traditionnellement issue d’une coalition pour gouverner. 

Les défauts du régime d’assemblée avec élections à la proportionnelle. 

Une pléthore de petits partis qui souvent apparaissent et disparaissent après leur échec ou vivent le temps d’une législature. Certains partis se forment sans véritable programme ni structure et n’existent, pendant la campagne électorale, que pour bénéficier d’une audience afin d’alerter l’opinion sur une ou quelques revendications précises. Pour entrer à la Knesset, chaque parti doit avoir au minimum trois députés élus. La formation d’une coalition étant souvent un exercice délicate, les petits partis ont un pouvoir et des revendications exorbitantes, compte tenu de leur poids électoral, parce qu’ils savent que sans leur appoint, le leader du parti majoritaire, en charge de former la coalition: 60 voix plus une, ne pourra pas le faire d’où les interminables tractations de couloir qui suivent les élections. 

La représentation des minorités 

L’inéligibilité de certaines formations est une des questions récurrentes dont la Cour Suprême est  saisie à chaque consultation électorale. Israël n’a pas de Constitution mais des Lois Fondamentales et une jurisprudence suffisamment riche pour permettre à la Cour Suprême d’interdire certains partis dont, en son temps, le parti raciste « Kach » du rabbin Kahana.  Les partis ultranationalistes essaient cependant à chaque élection de faire invalider certains des partis qui représentent les arabes israéliens au motif qu’ils ne sont pas sionistes. A l’occasion de ces élections, deux partis arabes se sont vus refuser le droit de se présenter par la commission électorale. La Cour Suprême a invalidé cette décision. Il y aura donc 3 partis arabes qui se présenteront. A une semaine des élections et compte tenu des événements de Gaza, il semblerait que nous assisterons à une abstention massive des arabes israéliens dont certains représentants appellent à boycotter les élections. 

Une élection sans campagne électorale La guerre comme toile de fond Pour la troisième fois depuis la création de l’Etat, les élections vont avoir lieu pendant une période de conflit armé ou juste après le conflit. Concernant ce problème, la Cour Suprême est formelle, la guerre n’est pas un motif suffisant pour repousser les élections. Nous constatons qu’à moins de consulter les sites Internet officiels, peu de citoyens savent exactement combien de partis se présentent, qui  souhaite se faire élire, et surtout quels sont les programmes des partis qui présentent des candidats. La presse, avant l’opération « plomb durci » s’était attardée sur les primaires des grands partis et les places obtenues par les ténors des différentes formations. Le consensus a été quasi-général sur une riposte à donner aux tirs de roquettes dans le sud du pays et il a étouffé toutes les différences sur les problèmes sociétaux et les réponses que chaque grand parti se devait de donner pour permettre un choix éclairé des électeurs.  

L’absence de campagne    Avantage: les spectateurs sont épargnés des spots télévisuels interminables (34 partis) et  des débats inaudibles (de par le tempérament culturel local). Vient se greffer dessus, des économies non négligeables pour les frais de campagne dans les budgets des partis.  Inconvénients. Une méconnaissance pour le grand public des programmes de chacune des formations à moins d’aller les consulter sur les sites internet ou d’aller les chercher dans les permanences de partis. Ce qui n’est pas un signe de bonne santé démocratique dans un pays qui pratique la liberté d’expression et de vote et où le débat public et l’information des électeurs restent une des conditions de base de son fonctionnement.   

Les prévisions 

Huit jours en Israël, une éternité pour les observateurs. Si la campagne électorale a été particulièrement calme et n’a pas suscité l’intérêt des medias et des citoyens, tout le monde en Israël, et surtout les candidats, savent que rien n’est encore joué. Comme par le passé un attentat particulièrement odieux, une reprise du conflit a Gaza peuvent faire basculer l’opinion vers une radicalisation des votes.  Une semaine avant le scrutin, 30% des électeurs avouent ne pas avoir encore fait leur choix. Les sondages restent cependant stables sur cette dernière quinzaine.  

– Le Likoud de Bibi Netanyahu est crédité de 28 à 29 mandats.

– Kadima de Tsipi Livni au centre droit entre 23 et 25 sièges.

– Le Parti Travailliste avec Ehud Barak, entre 13 à 17.

– Israël Beitenou du nationaliste Liberman campe sur 15 à 16 mandats.

– Shass (parti des religieux orthodoxes)  regagne un mandat et peut espérer 10 sièges. Les autres partis suivent péniblement : Meretz 5 / 6, Judaïsme de la Tora 5 / 6, les trois partis arabes avec une prévision de 8 mandats. 

Une nouvelle défaite pour la gauche 

La gauche en Israël est en situation d’échec depuis plusieurs années. A cela plusieurs explications: 

Aucun grand leader charismatique n’est venu remplacer Yitzhak Rabin dont la gauche reste encore orpheline. Shimon Perez, Dalia Itzik et Hayim Ramon, pour ne nommer que les plus connus sont partis pour le parti Kadima. En 1992, les partis: travailliste et Meretz représentaient 56 députés. Aujourd’hui, ils ne dépassent pas  la vingtaine. Si l’on peut créditer Kadima d’une dizaine de députés provenant de cette origine, où les autres se sont-ils volatilisés?  Ehoud Barak, malgré sa carrière militaire prestigieuse n’émerge pas parmi les « deuxièmes pointures » du parti et il est encore trop tôt pour juger de l’efficacité de l’opération « plomb durci » et surtout de ses conséquences.  Face à Netanyahu, Barak cherche encore la ligne politique, le message à faire passer. La conjoncture présente l’oblige à mettre l’accent sur le sécuritaire mais il n’arrive pas à convaincre ses électeurs traditionnels dans deux domaines:

1 – qu’il restera fidèle à ce qu’il a mis sur la table à Camp David en l’an 2000. C’est-à-dire qu’il proposera de céder 97% des territoires.

2 -qu’il est  porteur d’un vrai projet économique et qu’il n’est pas indifférent aux problèmes qui laminent le corps social du pays.  

Le parti apparaît comme vieilli,  n’a pas proposé une seule idée neuve depuis 20 ans et n’a pas su renouveler ses cadres. Il faut attendre la neuvième place de la liste proposée au prochain scrutin pour voir apparaître une personnalité nouvelle, issue de la société civile, l’éditorialiste du journal Haaretz, d’origine française, Daniel Bensimon. 

Le parti est devenu inaudible sur les grands sujets de société. Si, jusqu’à la crise qui n’épargnera pas le pays, les indicateurs de croissance témoignaient de la bonne santé économique du pays, depuis une décennie, le tissu social est en lambeaux.En Israël, le taux de pauvreté est resté inchangé pendant ses trois dernières années, soit 20% de la population et cette pauvreté affecte 35% des enfants. Israël continue à détenir le triste record des pays occidentaux, la moyenne des pauvres dans les pays de l’OCDE étant de 10,6%. Si on a pu observer un léger recul en 2007, la pauvreté touche encore de plein fouet certaines couches de la population israélienne, comme les Arabes (51,4% d’entre eux sont pauvres) ou les familles nombreuses de plus de 4 enfants (56,5% d’entre elles sont pauvres). Par contre, la pauvreté a augmenté en  2008, sous l’effet de la crise financière et de la reprise du chômage.  

Certes, il, est encore trop tôt pour mesurer l’ampleur de la catastrophe financière, devenue économique, qui s’est abattue sur le monde mais il ne se passe pas une journée sans que la presse ne se fasse l’écho des chiffres du taux de chômage qui ne cessent d’augmenter et le nombre d’entreprises et de magasins qui licencient, tournent au ralenti, mettent la clé sous la porte.  Sauf dans le domaine de l’éducation où les ministres de gauche qui ont eu ce poste en charge ont fait des reformes significatives dans ce domaine, la gauche a déserté le terrain social. Les leaders font preuve d’une indifférence scandaleuse quant à la situation des plus défavorisés. Les gouvernements successifs ont décidé d’abandonner leurs pauvres au monde caritatif qui ne peut plus les prendre en charge. Le parti Avoda ne réussit pas à casser son image de parti de militants nantis qui ignorent les problèmes économiques et sociaux. L’état des services publics, la santé, les problèmes de délinquance, les perspectives d’avenir pour la jeunesse, les allocations aux plus défavorisées, une plus juste redistribution des richesse, une meilleure répartition des impôts…, autant de thèmes jamais abordés sauf sur le mode incantatoire et qui restent dans le registre des vœux pieux. 

Pour la recherche de la paix, le discours de gauche ne prend plus 

S’il ne restait qu’un terrain sur lequel les électeurs pouvaient encore se positionner, se définir de gauche ou de droite, il apparaît aujourd’hui que rien ne différencie réellement les deux courants.Nul doute que la gauche israélienne traverse une crise idéologique grave. Elle a toujours prôné la formule suivante : « des territoires contre la paix ».  

Ainsi, elle a réclamé le retrait des troupes israéliennes du sud Liban. Ehud Barak l’a fait. Résultat : la région nord a été soumise à un harcèlement constant de la part du Hezbollah. Elle a exigé un retrait des territoires conquis en 1967, comme preuve de notre volonté. Ariel Sharon l’a fait avec la bande de Gaza. Résultat : des tirs incessants de roquettes sur les agglomérations du sud.  A l’arrivée, donc : deux retraits, deux guerres. La gauche qui n’a plus de formule salvatrice fait du surplace. A part pour la droite radicale de Liberman et les sionistes religieux, cela fait bien longtemps que l’idée d’un état palestinien, le renoncement au grand Israël, les faits lorsque les leaders sont au pouvoir, font apparaître un consensus sur ce sujet.  

Rappelons que Netanyahu, élu Premier Ministre en 1996 en raison de son intransigeance vis-à-vis des Palestiniens (et d’une vague d’attentats palestiniens sans précédent), s’en est allé signer les accords d’Hébron, moins de trois années plus tard.  La ligne de démarcation entre les deux grandes formations de droite et de gauche reste pour la droite – une acceptation du processus d’Oslo sous bénéfice d’inventaire – et pour la gauche – l’application lente et imparfaite du processus. La droite comme la gauche ont longtemps revendiqué le thème suivant: « nous voulons la paix mais nous n’avons pas de partenaires ». Aujourd’hui, la position de la droite est la suivante: oui à la paix mais la liste des conditions préliminaires auxquelles les représentants des palestiniens doivent se soumettre, est si longue qu’elle retarde sans fin les premiers signes de la mise en place d’un réel accord de paix. 

En fait,  peu de choses séparent idéologiquement les partis: travailliste, Likoud  et Kadima. La division de la terre d’Israël en deux Etats est acceptée par les uns et les autres. La création d’un Etat palestinien n’est plus un facteur de division entre ces partis. La seule différence porte sur les modalités comment faire et avec qui parler. La gauche quant elle est au pouvoir souffre de deux handicaps: – La peur de ne pas être suivie par l’opinion publique qui garde l’idée préconçue qu’en Israël:  » c’est la gauche qui fait la guerre et la droite qui rend les territoires et signe les traités de paix ». – Une attitude particulièrement ambiguë de la gauche que ne cessent de dénoncer des mouvements tels que « La Paix Maintenant ». La gauche, lorsqu’elle est au pouvoir, continue à confisquer  des terres palestiniennes et construit davantage dans les colonies que ne le fait la droite. 

La gauche de la gauche 

Une initiative intéressante est apparue pendant le dernier trimestre 2008.Une trentaine d’intellectuels et de personnalités avaient annoncé la création d’un nouveau parti de gauche.  Cette création  est une conséquence indirecte de l’échec du processus d’Annapolis. Il se veut surtout une alternative au parti travailliste qui a selon l’écrivain Amos Oz « abandonné la ligne socialisante des pères fondateurs de l’Etat hébreu pour focaliser son discours sur le Hamas et sur le danger iranien ». Il a même ajouté dans Haaretz « Le parti travailliste a terminé son rôle historique, il n’a plus de programme et entre dans n’importe quelle coalition ».  Si tous les espoirs étaient permis pour ce nouveau parti, la guerre a changé la donne.Le nouveau parti de gauche a émergé trop tard pour laisser les électeurs se familiariser avec lui et son programme.Les intellectuels à l’origine de sa création ont approuvé l’opération « plomb durci » et ont dénoncé trop tard les excès des actions militaires. Meretz ne décolle pas dans les sondages mais cette tentative de création d’un nouveau parti de gauche témoigne des immenses difficultés auxquelles le parti travailliste est confronté. 

Benjamin Netanyahu prochain premier ministre 

Sauf grande surprise ou événement dramatique dans les jours prochains, Netanyahu est donc assuré de devenir le prochain premier ministre de l’Etat d’Israël. Il prépare donc son équipe à reprendre les rênes du pouvoir.  Le Likoud a vécu des primaires difficiles tant le divorce était grand entre les électeurs de base qui souhaitaient une radicalisation à droite du parti et Netanyahu bien décidé à ne pas se laisser lier les mains par des représentants cataloguer trop à droite et trop bien classer sur la liste du Likoud. Netanyahu a un objectif clair: faire disparaître Kadima de la scène politique. Il n’aura donc pas d’autre choix que d’essayer d’intégrer le parti travailliste dans sa coalition et de laisser Kadima dans les rangs de l’opposition. Ce qui, selon son calcul provoquera inévitablement l’éclatement et la disparition de ce parti.  

Bibi Netanyahu est un libéral qui  lorsqu’il était au pouvoir  a pris des mesures drastiques et a coupé les aides sociales qui permettaient aux plus défavorisés de ne pas sombrer. Même si Israël est aujourd’hui victime de la crise, il y a peu à attendre ni à espérer une véritable politique pour réduire l’écart entre les plus nantis et les plus démunis du pays. Une fois de plus, c’est la question sécuritaire qui focalisera l’attention des citoyens du pays, des habitants de la région et du monde. Il y a fort à parier que Netanyahu, traditionnellement très docile devant les Etats-Unis, ne prendra pas le risque d’offenser le nouveau président américain dont on ignore encore les intentions sur le dossier du Moyen-Orient.  Ce qui est clair, c’est que la question centrale restera de savoir comment mettre fin à l’occupation et comment trouver le meilleur compromis possible pour que la paix puisse advenir dans la région.

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