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Elections législatives israéliennes du 10 février 2008 : Le jour d’après

Les résultats

Le parti centriste « Kadima » de Tzipi Livni devance d’un siège le « Likoud » de Benjamin Netanyahou.
Sur les 33 formations en lice, « Kadima » obtient 28 sièges, le « Likoud » 27, la formation de la droite nationaliste « Israël Beiteinou » 15, le parti travailliste « Avoda » 13 et le parti religieux orthodoxe « Shas » 11.
Les autres formations sont reléguées loin derrière : « Torah unifiée », 5 sièges, les listes « Hadash », « Ta’al » et « Union nationale » obtiennent 4 mandats, « Meretz », « Habayit Hayehudi » et « Balad », 3 sièges.
Les 21 autres mouvements ne recueillent pas assez de voix pour siéger au parlement israélien.

Les deux principaux candidats se déclarent victorieux

Chacun des deux candidats ont déclaré avoir gagné les élections.
Netanyahou est « convaincu d’être le prochain Premier ministre [car] le peuple s’est exprimé clairement, le camp national, dirigé par le Likoud, enregistre une nette avance ».
Pour Tzipi Livni, « Il faut désormais respecter le choix des électeurs, respecter la décision des urnes, et rejoindre un gouvernement d’union nationale sous notre direction ».

Le fossé entre les sondages et le résultat des urnes: une tentative d’explication Incontestablement, les résultats d’hier soir ont surpris tous les israéliens puisque les sondages donnés Bibi Netanyahou vainqueur des élections avec son parti le Likoud qui était crédité de 28 à 29 mandats.

La courte campagne électorale et les spots télévisés qui sont « à l’américaine », c’est-à-dire conçus avec des messages très percutants qui n’hésitent pas à ridiculiser l’adversaire, à le renvoyer à ses contradictions ou à le prendre en flagrant délit de mensonge y sont sans doute pour quelque chose.
Il est apparu que bon nombre de partis, devant la victoire annoncée de Bibi, avaient, sans se consulter, créé un front « anti Bibi » et n’ont pas hésité à rappeler au chef du Likoud son passé et ses passifs. Les électeurs ne sont visiblement pas restés insensibles à ces argumentations.

De plus, les sondages de plus en plus favorables à Avigdor Lieberman lui donnaient jusqu’à 21 sièges à 48 heures de la consultation. Ces chiffres ont fait peur aux électeurs opposés au discours radical d’« Israël Beiténou » (Israël notre maison). Son slogan « Pas de loyauté, pas de citoyenneté » a inquiété les partisans d »un Israël démocratique et multiconfessionnel.

Même si 69% des israéliens disaient adhérer à l’idée de priver de la nationalité les arabes israéliens et les orthodoxes qui ne font pas l’armée s’ils ne pouvaient pas prouver leur loyauté et leur fidélité à l’Etat hébreu, le fait est que, une fois dans l’isoloir, beaucoup n’ont pas osé franchir le pas du bulletin dans l’urne.

« Shas » des religieux orthodoxes a, sans surprise, fait le plein des voix avec 11 sièges.

Le parti travailliste « Avoda » qui pouvait espérer entre 13 et 17 mandats obtient son score historique le plus bas.

« Kadima » de Tzipi Livni créé la surprise avec ses 28 sièges alors que les sondages ne lui en donnaient que 25 au maximum.

Que s’est-il passé ?

Incontestablement les électeurs ont refusé les avantages du scrutin à la proportionnelle qui permet, même aux petites formations, de siéger au parlement et même d’entrer au gouvernement.

En analysant les résultats et les reports de voix, on constate que les israéliens ont décidé de voter utile plutôt que de voter en fonction de leurs convictions profondes.

Les petites formations payent le prix fort de ces élections dont, par exemple, les partis pour la défense de l’environnement alors que ce thème est très ancré dans la population.

On constate également un déplacement réel des voix qui auraient pu aller aux petites formations de gauche mais qui ont préféré voter Tzipi Livni que voir le retour du « Likoud » au gouvernement.

Une défaite historique pour le parti travailliste

C’est le deuxième élément fort qu’il faudra retenir de cette consultation : 13 mandats pour le parti travailliste « Avoda » et 3 pour « Meretz ».

Nous avons expliqué précédemment les raisons de la désaffection des électeurs : Aucun leader charismatique n’est venu remplacer Yitzhak Rabin et les cadres sont vieillissants. Le parti travailliste reste inaudible sur les grands sujets de société et ne réussit pas à casser son image de parti de militants nantis qui ignorent les problèmes économiques et sociaux.
Il ne propose plus de solutions pour parvenir à la paix; L’époque du « des territoires contre la paix » est révolue. Enfin, il pratique la confusion idéologique dans deux domaines : l’acceptation de siéger dans des coalitions douteuses et une incapacité à respecter les engagements pour la paix.

La crise idéologique de la gauche bénéficie au centre droit

Le parti « Avoda » au passé prestigieux, auquel ont appartenu les pères fondateurs d’Israël ne représentent plus le « peuple israélien » dans son entité et tel qu’il se percevait au cours des premières décennies de la création de l’Etat hébreu.
Il est absent des revendications économiques et sociales des couches de la population les plus pauvres du pays. Pour elles, « Avoda » est un parti de nantis ou d’apparatchiks qui tiennent les hauts postes de la « Histadrout » (le grand syndicat israélien) et de la Sécurité sociale et qui bénéficient de salaires et d’avantages faramineux.

Le parti « Meretz » est assimilé à un mouvement d’intellectuels coupés de la base et des réalités quotidiennes. Ce parti, bien que rebaptisé aujourd’hui « Nouveau Meretz », comme son « grand frère », est inaudible sur les grandes questions de choix de société et de politique économique plus juste pour les membres les plus fragiles du pays.

Les partis de gauche ne se démarquent donc pas des partis de droite en matière de grandes réformes dont la société aurait besoin.

Mais plus grave, lorsqu’on est face à un leader tel que Tzipi Livni qui a toujours défendu le dialogue avec les Palestiniens et la solution « deux peuples, deux états », on comprend pourquoi bon nombre d’électeurs habituels du parti travailliste, qui comme les autres grandes formations a approuvé l’opération « plomb fondu », ont choisi de voter utile, donc de voter « Kadima » contre le « Likoud ».

Enfin, l’attitude de Ehoud Barak, le leader du parti « Avoda » a amplifié le phénomène. Bibi Netanyahou étant donné vainqueur, Barak était déjà pressenti pour obtenir le poste de ministre de la défense.

Cette prise de position a découragé les électeurs de gauche qui ont compris que le parti « Avoda » rentrerait dans la coalition au pouvoir. Les électeurs de base ont donc préféré voter pour le centre droit plutôt que pour la droite.

Les configurations gouvernementales possibles

Dans les 7 prochains jours, Shimon Pérès, président de l’Etat devrait confier au représentant élu du parti majoritaire le soin de former le gouvernement. Celui-ci aura 42 jours pour constituer le nouveau gouvernement.

Avec le soutien de la droite nationaliste et des formations religieuses, M. Netanyahou apparaît en meilleure position pour former une coalition gouvernementale, sur la base d’une majorité de 65 députés sur 120, entre son parti (27), « Israël Beiteinou » (15), « Shas » (11), « Torah unifiée » (5), « Union nationale » (4) et « Habayit Hayehudi » (3)

Tzipi Livni aura des difficultés à former une coalition à gauche, puisque avec « Avoda » (13), « Meretz » (3) et l’entrée éventuelle de « Shas » (11) au sein du gouvernement, elle ne totalise avec son mouvement (28) que 55 sièges, refusant d’ores et déjà toute coalition avec les partis arabes.
Tous les cas de figures sont possibles, mais les analystes privilégient 4 possibilités :

– Configuration d’Union Nationale : Les deux leaders de « Kadima » et du « Likoud » peuvent appeler a un gouvernement d’union nationale, avec le parti travailliste, « Shas » et « Torah unifiée » (84 députés).
Dans ce cas, le parti de Lieberman devra modérer ses exigences car ses députés ne seront plus indispensables pour gouverner.

– Configuration Centre-Lieberman : Tzipi Livni peut former une coalition avec « Avoda » et « Torah unifiée » et se trouve dans l’obligation de faire entrer Lieberman dans son gouvernement (61 députés).
De ce fait exclut « Meretz » qui refuse de siéger aux cotes d’« Israël Beiteinou » et évince « Shas » dont les exigences préalables, refusées par « Kadima », avaient provoqué ces élections.

– Configuration Droite-Avoda : Benjamin Netanyahou forme un gouvernement avec « Avoda », « Israël Beiteinou », « Shas » et « Torah unifiée ». Cette coalition donne une bonne assise au parlement (71 députés), mais il subira en permanence les pressions des deux formations secondaires.

– Configuration Droite pure : Benjamin Netanyahou forme un gouvernement avec « Israël Beiteinou », « Shas », « Torah unifiée », « Union nationale » et « Habayit Hayehudi » (65 députés).
Cette formation gouvernementale reste très risquée, les petits partis restant d’une manière générale très versatiles.

Dans tous les cas, la droite nationaliste d’Avigdor Lieberman se retrouve dans une position stratégique puisque, sans son appui, aucune coalition n’est envisageable. Le chef de file du parti déclarant hier au soir : « Nous avons toujours voulu un gouvernement national, un gouvernement de droite et j’espère que nous y parviendrons ».

Malgré une réalité politique désespérante, l’espoir pourrait venir des femmes Il faut cependant rappelé que Lieberman est prêt à intégrer n’importe quelle coalition, même si ces partenaires d’un jour savent qu’il peut claquer la porte à tout moment ou qu’il devra démissionner suite aux affaires de fraude dont il est soupçonne.
D’autre part, de nombreuses personnalités d’ « Avoda » conjurent le parti de ne pas siéger dans une coalition avec Lieberman.
Enfin, Netanyahou ne veut pas se lier avec sa droite extrême qui elle, ne conçoit pas de coalition sans Lieberman.

Tzipi sera–t-elle prête à vendre « son âme au diable » et à accepter Lieberman ?

L’argument incontestable de poids sera de savoir comment pouvoir donner le change face à l’administration américaine, en étant prisonnier de l’extrême droite et cela Netanyahou et Livni en sont parfaitement conscients.

Pour contrer Lieberman, la seule solution serait un gouvernement d’Union Nationale « Likoud-Kadima-Avoda ».

Ce matin, certains députés fraîchement élus ont même proposé la solution d’une alternance entre les deux principaux responsables politiques.

Les négociations ont commencé dans un pays où avant l’opération militaire à Gaza, la préoccupation première des israéliens étaient la lutte contre la corruption de la classe politique.

Tzipi Livni ne s’est jamais définie comme féministe, elle a systématiquement voté contre toutes les lois proposant l’égalité des salaires, la parité, l’allongement du congé maternité…
Dalia Itsik, présidente de la Knesset vient de lui demander d’être renouvelée dans sa fonction. Si c’était le cas, Israël serait un pays où le chef du gouvernement, le président du parlement, le président de la Cour Suprême soit les trois personnages les plus importants de l’Etat seraient des femmes.

La gauche doit, plus que jamais, tirer les leçons de ces élections

En ne recueillant que 13 sièges, c’est la question de la survie du parti « Avoda » qui est posée et de sa place historique que « Kadima » cherche à reprendre

La gauche doit casser son image, renouveler ses cadres, profiter du réservoir que sont les nombreux jeunes qu’on appelle: « la Génération Rabin » : Ces jeunes sont plus altruistes, engagés dans de nombreux mouvements défendant les droits de l’homme et l’environnement et sont sensibles aux inégalités sociales et aux grands défis économiques et sociétaux qui se posent en Israël.

Elle doit se réinvestir sur le terrain du social, écouter sa base qui n’a pas suivi ses ténors et proposer de véritables réformes dans les domaines économiques et sociaux.

Elle doit absolument refuser d’entrer dans des coalitions de droite et particulièrement de siéger avec les nationalistes dont l’idéologie est incompatible avec l’idéal d’un état multiracial, multiconfessionnel, démocratique, égalitaire; En un mot, un état qui respecte à la lettre et défend la déclaration d’indépendance de 1948.

Le parti Travailliste doit trouver une ligne politique cohérente en matière de sécurité et de paix. Barak n’a pas suffisamment rappelé qu’il est celui qui à Camp David voulait rendre 97% des territoires occupés. L’absence du « camp de la paix » reste une des grandes caractéristiques de ces élections.

Il doit aussi doit dénoncer avec plus de vigueur la réalité insoutenable de l’occupation, renforcer l’autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, le dialogue avec les palestiniens qui travaillent pour la paix et une solution de « deux états pour deux peuples », être à l’écoute des mouvements pour la paix.

Le parti « Avoda » doit enfin comprendre qu’en temps de crise tant économique que sécuritaire, le phénomène de la radicalisation des positions politiques et de la montée des extrêmes est un véritable danger qui gangrène les démocraties.

Lutter pour protéger les minorités d’Israël est le meilleur message d’ouverture et de volonté d’intégration à envoyer au monde arabe dans un Moyen-Orient à majorité musulmane où Israël est la minorité.

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